Aujourd’hui c’est mardi gras, et j’avais envie de vous parler de déguisements.
Ou plus exactement des qualités déguisées en défauts, et des gens et des discours qui avancent masqués.
L’autre jour, j’ai rencontré en soirée une fille qui m’a fait plutôt bonne impression. Je m’apprêtais même à lui demander qu’on soit amies sur FB ou si je pouvais lui toucher les seins, quand soudain elle a lâché une bombe.
Elle a dit, alors qu’on parlait de son couple : « Quand ça pète, ça pète… »
A ces mots j’ai senti au frisson qui me parcourait l’échine qu’on allait droit dans le mur. En crépi, le mur.
Et je me le suis pris de plein fouet quand elle a ajouté, en parlant un peu moins fort comme pour me confier un secret : « Faut dire qu’on a tous les deux notre petit caractère ».
Elle m’a dit ça d’un ton faussement coupable, avec l’air de quelqu’un qui confesse un défaut.
Et comme prévu elle a ajouté : « En fait tu vois j’encaisse, j’encaisse, puis un moment j’en peux plus, alors j’explose et je hurle ».
Il y a des défauts qui ont bonne presse, et qu’on toujours du plaisir à vanter.
Si t’as ton petit caractère, t’as ton pass pour la vraie vie. Un pass que tu as plutôt intérêt à exhiber, mais subtilement, de préférence. En le faisant passer pour un défaut, afin de mieux vendre ton inestimable qualité.
Idem pour l’exigence. Ce qu’on ne dit pas assez c’est qu’un chaton meurt dans d’atroces souffrances à chaque fois que quelqu’un déclare que son problème, c’est qu’il est trop exigeant avec les autres et avec lui –même.
Ca marche aussi avec la rancune. C’est tendance d’être rancunier, ça laisse penser aux gens que tu te respectes sur le long terme.
Tu feras toujours ton petit effet en disant « Le problème avec moi (ne pas oublier de le faire passer pour un défaut), c’est que quand on m’a fait souffrir une fois je donne rarement une deuxième chance. C’est que j’oublie jamais vraiment quand on me fait du mal. »
Je rêve de soirées où en discutant avec les gens, ils n’auraient pas de mal à te confier qu’ils ne se mettent pas la barre assez haute et qu’ils ont du mal à exiger des choses des autres. Que le problème avec eux, c’est que quand on leur chie dessus ils ont tendance à redemander encore un peu, et que malheureusement ils oublient toujours très vite qu’on leur a fait du mal.
Je rêve qu’ils n’aient pas peur d’ajouter  « J’encaisse, j’encaisse, puis un moment ça ne va plus, et je m’enferme dans ma chambre pour pleurer ».
Je rêve d’un lendemain de mardi gras où les gens auraient décidé d’enlever leurs masques, une bonne fois pour toute et au moins jusqu’à l’année prochaine.

Jeudi, j’ai rendu à mon éditrice le manuscrit des 365 jours coquins pour lequel je vous avais sollicité. Je vous remercie 1000 fois pour votre aide, et j’attends que ma fille daigne vouloir tirer 3 papiers parmi ceux que j’ai soigneusement découpés avec les numéros de vos commentaires, mais pour l’instant elle peut pas, elle regarde Le gangbang des requins. Le gang des requins, pardon, ça s’invente pas quand même.
L’avant-veille, mardi donc, j’avais mis les bouchés (…) doubles (…) pour rendre tout ça dans les temps, et il se trouve que c’était aussi le jour de la St Valentin.
Je suis cynique sur à peu près tout, sauf sur ce qui donne l’occasion de boire du champagne. Et à ceux qui pensent que la St Valentin ça devrait être toute l’année, je réponds que j’ai pas les moyens d’acheter une bouteille de Pommard par jour.
Puis ça me coûte pas que 30 euros cette affaire. Ca me coûte aussi ma dignité, parce qu’il faut savoir que j’ai beau gagner ma vie en parlant sexe, les cordonniers n’amassent pas mousse comme on dit, et je suis à  peu près la française la plus prude en matière de sexe face à des inconnus. Je veux dire, il y a des gens que ça ne dérange pas d’aller acheter des capotes ou des mouchoirs, moi je ne peux pas acheter de PQ parce que ça suppose que je suis dotée d’orifices.
Or, passer à la caisse avec du champagne un 14 février, c’est un peu comme y passer avec une pancarte clignotante accrochée au cou « Ce soir je vais me faire choper peut-être. »
D’ailleurs la dame elle m’a dit « En vous souhaitant une bonne soirée », et je crois bien qu’elle a fait un clin d’oeil complice et lubrique, peut-être aussi rapport au fait que ce jour-là j’avais malheureusement aussi besoin d’acheter un concombre.
J’ai passé le reste de la journée à chercher la vingtaine d’idées coquines qui me manquaient, puis, à la date du 14 février, j’ai écrit : « Rentrer avant lui et vous emmitoufler dans un grand plaid, façon mamie. Pas tant mamie que ça, puisque vous aurez caché en dessous une tenue sexy et une bouteille de champagne ».
Alors forcément ça m’a donné des idées.
J’ai couché ma fille en lui disant que Maman s’apprêtait à faire sans doute une grosse bêtise, mais qu’elle l’aimait très fort puis je suis montée dans ma chambre, pour sortir d’un vieux carton « trucs inmettables » un très joli body en dentelle. Il était là , à côté d’un jean avec trois jambes et de deux cols roulés sans manches, intact, avec encore l’étiquette.
Faut dire que j’ai du mal à trouver une bonne occasion de le mettre. C’est pas tout à fait le genre de vêtements que tu portes façon « casual décontractée » avec un jean un dimanche pluvieux de novembre. C’est pas non plus tout à fait le genre de trucs que tu mets pour aller en boîte, sauf si tu veux finir la soirée avec Guy Georges.
Bon je sais c’est moche le discours « on a plus de risques de se faire violer en s’habillant sexy », mais vraiment, tu dis ça parce que t’as pas vu le body.
Alors je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais. Il était 20 heures, mon mec arrivait à 22, ça me laissait tout le temps d’essayer, au moins.
Une paire de  bas et des escarpins plus tard, j’étais prête.
C’est simple, j’avais l’impression d’être une petite fille déguisée en pute.
J’ai appelé ma copine Léo, adepte de ce genre de fantaisies, pour lui demander si c’était normal si j’étais prise d’un fou rire quand je me voyais.
- Tu te trouves pas bonne ?
- Je me trouve rigolote quoi.
- Rigolote. Vire-moi ce nez rouge et cambre un peu les reins.
- Ca y est.
- Alors ?
- Je me trouve rigolote et j’ai mal au dos.
- Prends un air sérieux. Genre un peu diva.
- On dirait une pute pas contente.
- Marche d’un pas décidé.
- On dirait une pute décidée à pas être contente.
- T’es toute seule ?
- Non non je suis avec ma fille et ma mère, d’ailleurs elles ont le même body on pensait faire une campagne putes de mères et filles.
- C’est quoi ce bruit ?
Ce bruit c’était mon mec qui venait de rentrer un peu plus tôt que prévu. J’ai dit à Léo « Je te laisse » et à mon mec « Ah t’es là . »
Il a bredouillé « Qu’est ce qui se passe? » j’ai dit « Ca fait pute quand même non ? », et c’est quand il a dit « Non pas du tout c’est très distingué » que j’ai compris que ça faisait vraiment pute.
Je m’apprêtais à vous raconter la suite mais il y a ma fille qui vient de me faire signe que c’était bon, pour le tirage au sort. Maître Nadjar aurait été là que ça aurait pas été plus équitable, la preuve ici, parce que je n’arrive pas à mettre la vidéo sur le blog. Puis tu peux même en profiter pour me demander d’être ton amie, j’accepte tout le monde (même les mecs qui disent qu’ils vont baiser ma grand-mère comme on m’a dit hier sur mon mur) mais en profil limité alors tu verras pas de photos de mes fesses (ni de ma grand-mère).
Et pour ceusses et celles qui n’auraient pas Facebook, sachez que les numéros gagnants sont le 10, le 11 et le 26, et qu’ils correspondant aux commentaires de Zake, Phoebe et Ludi, à qui je serai grès (oui, on peut porter un body de pute de temps en temps et utiliser des expressions d’antan) de m’envoyer leurs adresses en passant par ici.
Encore merci à tous, et à très bite bien sûr.

Tu t’en souviens peut-être, en décembre 2010, au moment de Noël, je t’annonçais la sortie d’un livre écrit par mes petits doigts pas tout à fait innocents, puisqu’il s’agissait d’un ouvrage contenant 365 idées pour pimenter sa vie sexuelle.
365. Oui. Autant te dire que je m’étais creusé la cervelle, moi pour qui la seule expérience sexuelle se résumait à avoir conçu un enfant en missionnaire un soir de septembre 2008.
Tu te rappelles peut-être que tout ça m’avait un peu émoustillée, et que je n’étais pas la seule puisque à  réception du manuscrit, ma très respectable éditrice m’avait quand même envoyé un mail qu’elle avait malencontreusement conclu d’un inoubliable « Merci pour ton travail, et à très bite. »
Après je m’étais flagellée pendant quelques temps avec un roman de Marc Levy pour me purifier de toutes ces mauvaises pensées que j’avais eues pendant ces mois de labeur, où je m’endormais tous les soirs avec des bites qui dansaient le pole-dance dans ma tête.
Puis mon éditrice m’a contactée pour m’annoncer qu’aux vues du nombre de ventes, de l’augmentation de la natalité en France et de la baisse du nombre de divorces provoquées par ce séisme littéraire, le livre était réédité pour 2012, et aussi pour 2013, à condition que cette fois j’arrive à trouver 70% de nouvelles idées.
Soit environ 250 en plus.
Je lui ai demandé si on pouvait élargir un peu le cercle (sic) des possibilités en faisant intervenir des animaux, des gens de la famille ou des morts, et face à son refus j’ai remis mon chien à sa place et je me suis remise sérieusement au travail.
J’ai refermé mes volets pour pouvoir regarder Youporn toute la journée en m’abritant des regards indiscrets, j’ai pensé au sexe de 9h à 18h, heure à laquelle j’allais chercher ma fille chez la nourrice avec les yeux qui, j’en suis sure, affichaient un panneau lumineux « J’ai passé ma journée sur des sites de boule ».
J’ai mis mon imagination débordante et mes amis à contribution, je connais maintenant les détails les plus intimes de leur vie sexuelle, et pour les quelques derniers à trouver, je sèche.
Je sais, c’est un comble pour un livre sur la libido.
Alors si tu pouvais venir m’humidifier tout ça avec tes idées à toi, je t’en serai éternellement reconnaissante.
Et pour te remercier de ta contribution, je tirerai au sort trois gagnants parmi les commentaires, à qui j’attribuerai trois cadeaux : deux coffrets à offrir à ton Valentin ou ta Valentine, (dont le premier est créé aussi de mes deux petites mains toujours pas innocentes),

Coffret "Idées coquines", 9,90 euros, Editions 365 (Contient un carnet d'idées sensuelles et deux dés coquins pour guider vos préliminaires...)

Coffret "Je t'aime", 9,90 euros, Editions 365 (Contient une bougie coeur et un carnet de citations et d'idées amoureuses...)
… Et un exemplaire du livre 2012 pour le troisième. En plus, comme on est déjà le 10/02 t’auras plein de pages à rattraper et toi et ton partenaire (ou ta main) vous marcherez en cow-boy au moins jusqu’au printemps.
Ah oui, et puis si tu me donnes une bonne idée que je reprends, je la mettrai dans le livre à la date de ton choix que tu m’indiqueras dans ton commentaire (par exemple ton anniversaire ou celui de ta mère) pour que ce jour-là ça soit vraiment ta fête (ou celle de ta mère).
Je t’écoute, mais sois original : j’ai déjà épuisé toutes les combinaisons possibles en terme de membres/orifices, toutes les pièces de la maison et tous les fruits et légumes du potager.
C’est à toi.

Samedi soir, 30 ans de ma cousine, le thème de la soirée c’est moustaches et perruques. J’ai lu le mail trop vite, au début, je croyais que c’était soirée chapeaux. Quelques heures avant, ma belle-sœur me jure que je me suis plantée, je la soupçonne de chercher à me tendre un piège qui consisterait à me faire arriver en moustache à une soirée chapeaux. Je finis par la croire, je fais bien, j’aurais eu l’air con avec mon chapeau, alors que là j’ai l’air vachement plus intelligent avec ma moustache grise collée sous le nez.
Je m’en vais frotter ma moustache contre quelques joues pour dire bonjour, je ne reconnais pas grand monde, déjà je ne suis pas physionomiste et en plus il faut savoir qu’une moustache ça te change une femme, comme dirait mon esthéticienne. J’arrive presque au bout des bises, ma moustache se décolle à moitié, je me promets de l’enlever quand j’aurais dit bonjour, là -bas, à la jeune fille près du buffet.
Je lui tends ma moustache en me présentant, « Camille, je suis une cousine de Lucie ». Elle me répond, presque en s’excusant, « je suis juste là pour aider pour le service en fait ». Je lui dis que c’est déjà pas mal, on échange quelques sourires, je m’apprête à lui raconter la fois où j’ai serré la main du portier en déclinant nom et profession le jour d’une réunion importante au taf, mais je m’arrête net en voyant ses yeux.
Je lui demande son prénom.
Quand elle me le dit je sens mes jambes qui flanchent un peu et ça fait comme un tourbillon de souvenirs.
J’ai 17 ans, je suis à la fac, enfin j’essaye, j’ai beaucoup de temps et pas beaucoup de ronds, je cherche des baby-sittings et une dame m’appelle pour me rencontrer.
J’y vais, on s’installe dehors, on est en mai, elle a dans les bras un bébé de 6 mois et me dit que c’est elle qu’il faudra garder toute la journée. A 16h30 tous les jours, il y aura trois autres enfants qui arriveront, de 8, 6 et 4 ans.
La dame ajoute qu’elle sera là , mais dans sa chambre. Elle a besoin de se reposer, ce n’est qu’à la fin de la discussion qu’elle lâche le mot, elle est en chimio.
Deux jours après, à 8h je suis là . J’aide les enfants à se préparer, je les emmène à l’école à pieds. Et tous les jours d’après. Quand je rentre je vais chercher la plus petite, qui sent encore le sommeil. On joue, on va se promener, souvent les enfants rentrent pour déjeuner, on mange dehors, je les ramène à l’école et je range la cuisine, pendant la sieste du bébé la maman me dit souvent de rentrer chez moi, je crois qu’elle a envie d’être toute seule, de sentir pendant quelques heures qu’elle est la maîtresse de maison. Je reviens vers 15h, et bientôt je repars avec la poussette chercher les trois autres. On goûte, je redécouvre le goût de la grenadine et la sensation du chocolat qui craque entre la dent et la paroi moelleuse du pain beurré. J’aide l’aînée à faire son travail.
Souvent, dans la journée, leur maman descend. Parfois c’est à l’heure du déjeuner et on mange tous les 6, les enfants trouvent que ma vinaigrette est pas bonne alors elle les reprend gentiment en préparant la sienne, elle leur pose des questions, elle les écoute raconter leurs anecdotes d’école. Elle a constamment avec eux un sourire un peu ébahi, elle regarde toujours ses mômes comme si c’était la première fois qu’elle les voyait.
Je trouve qu’elle a une tête de petite fille, elle a 33 ans pourtant, mais elle a quelque chose d’enfantin, elle a parfois les yeux très cernés mais toujours cette malice dans le regard.
Parfois quand les grands sont à l’école elle descend et on boit un thé, on discute pas mal, de tout, elle impose une sorte de respect qui fait que je lui tape pas dans le dos, puis elle est beaucoup trop raffinée pour ça, chez elle tout est fin et léger, sa démarche, sa silhouette, ses cheveux, ses traits, ses articulations, d’ailleurs elle joue souvent du piano, elle sait déchiffrer en jouant une partition compliquée comme on déchiffre en lisant à voix haute la page d’un magazine.
Puis c’est l’été, ma mission s’achève et je dis « à bientôt » à toute la famille, après je crois que je reprends les cours quelques jours, quelques semaines ou quelques mois.
La chronologie des évènements m’échappe un peu, mais un jour j’apprends que c’est fini, et qu’elle ne jouera plus jamais de piano.
J’apprends que ça fait déjà 15 jours, et moi je n’ai rien fait. Pas un mot, pas un bouquet, alors je décide d’en faire encore moins, de me faire toute petite pour qu’on m’oublie. J’ai 17 ans, je suis une petite conne qui se réfugie derrière le fait qu’elle ne sait pas quoi dire, comme si des gens savaient les paroles qui réconfortent, alors je me tais.
Samedi aussi quand elle me dit son prénom je me tais quelques instants. Puis je bafouille que je l’ai gardée, quand elle était petite.
Elle me dit « petite comment », je lui dis « Tu avais 8 ans ». Il y a encore un petit silence, et elle me dit simplement « Je ne me souviens pas du tout de toi. »
Toute la soirée, je la guette du regard, je veux aller lui parler mais j’ai peur, j’ai peur aussi de repartir sans lui avoir parlé, je sais même pas vraiment ce que je veux lui dire, et un moment elle passe juste à côté de moi et me dit « En fait je me rappelle très bien. »
Elle est là , avec son plateau d’allumettes aux fromages, il y a du monde partout autour de nous alors je réponds juste « Ah » ou un truc comme ça.
Puis quelques minutes après, je me décide à y aller.
Elle est partie.
Je repars avec ma moustache et sans lui avoir dit que, petite fille, elle recommençait toujours son travail quand elle faisait une rature et que sa chambre était impeccablement rangée tellement elle voulait être irréprochable.
Qu’elle y arrivait bien, que d’ailleurs sa maman m’avait dit qu’elle avait de la chance d’avoir une petite fille qui était déjà si grande, que sa maman était tellement souriante et optimiste qu’un jour, en parlant de son boulot, je lui avais demandé « Mais pourquoi tu as arrêté de bosser si tu aimais autant ton taf ? » en oubliant qu’elle était malade. Qu’elle m’avait répondu « Pour me reposer un peu, je peux être une sacrée fainéante quand je veux » et qu’on avait eu toutes les deux un fou rire un peu nerveux.
Et que, lors de notre première rencontre, dehors, alors qu’elle m’expliquait ce que j’aurai à faire, ses yeux étaient soudain devenus plus vraiment malicieux et elle avait pris un ton sérieux et un air grave pour me dire :
« Il y a deux choses sur lesquelles je serai intransigeante. La première, c’est que tu enlèves systématiquement la poussière du filtre du sèche-linge, j’ai un toc avec ça. La seconde c’est qu’il n’y ait jamais une ambiance d’hôpital à la maison. Je veux que tu mettes la musique trop fort pour les enfants, qu’ils crient, que tu les engueules, qu’ils râlent parce que tu les engueules et que j’arrive pas à m’endormir tellement il y a de boucan. »
Et je lui ai pas dit non plus que je pensais à sa maman chaque fois que je lançais le sèche-linge et que j’essayais de faire une vinaigrette, et que tous les jours où je faisais ni l’un ni l’autre je me demandais comment allaient ses enfants, et ce que je leur dirai le jour où je les recroiserai.
Que je me suis souvent demandé si ‘javais une légitimité quelconque à être vecteur de souvenirs de cette période et de cette maman qui n’appartenaient qu’à eux, et si mon rôle c’était pas juste de reprendre une allumette au fromage et de lui dire merci.

En voilà une question qui brûle les lèvres (du haut) de nos amies femmes enceintes.
Si toi ça te fait mal à celles du bas rien que d’y penser, rassure-toi va, il y a pire. Je m’en vais te le prouver avec cet article que j’ai écrit pour www.elleadore.com alors que j’étais encore sagement en train de cicatriser.
Préambule 1
La démonstration qui va suivre portera sur les accouchements avec péridurale. Parce que sans péridurale ça ne peut pas exister, c’est beaucoup trop horrible.
Préambule 2
C’est pas facile d’expliquer la douleur. C’est vrai quoi, tout est relatif (seule la vodka est absolut (vanne vintage since 1995)). Et ce qui en ferait hurler certains en chatouillerait à peine d’autres. (Cf la réaction de votre mec quand il se coupe le doigt avec une enveloppe).
Aussi j’ai choisi, pour illustrer mes explications et situer la douleur, de m’appuyer sur un référent connu de tous : le petit orteil qui se cogne violemment, pieds nus, contre le rebord d’un meuble.
Et finalement un accouchement, c’est loin d’être pire.
1. La douleur d’accouchement, on y est préparées.
Depuis 9 mois, on sait qu’il faudra y passer. Mieux que ça, on connaît même, grâce à la DPA (Date Prévue d’Accouchement), et à quelques jours près, le moment précis où on commencera à jongler. Or, on note rarement dans son agenda quel jour on prévoit de se fracasser l’orteil contre le meuble.
Accouchement : 0 / Petit orteil dans le meuble : 1
2. La douleur d’accouchement est progressive
Contrairement à l’orteil dans le meuble. Enfin sauf si on s’amuse à le taper de plus en plus fort, mais ça c’est une autre histoire. La douleur d’accouchement, elle, commence piano piano. Par une crampe dans le ventre à couper le souffle. Une seconde, à peine. Sur le coup, on a l’impression de n’avoir jamais eu aussi mal de notre vie. Dans quelques heures, au milieu des vraies contractions, on repensera avec un sourire ému et nostalgique à ce qui n’était finalement qu’un chatouillement dans le bas-ventre.
Accouchement : 0 / Petit orteil dans le meuble : 2
3. La douleur d’accouchement, on la connaît bien
On la connaît même tous les mois, depuis notre puberté, sauf que sa puissance est ici quelque peu (327 fois environ) décuplée. On y est donc beaucoup plus habituées qu’à celle du petit orteil contre un meuble, à moins de se le cogner mensuellement à date fixe et pendant 5 jours.
Accouchement : 0 / Petit orteil dans le meuble : 3
4. Pendant l’accouchement, il y en a même qui crient pas
Les Asiatiques, par exemple, question de principes et de culture. Or, je vous mets au défi de me trouver une Asiatique qui ne crie pas quand elle se prend le petit orteil dans un meuble.
Accouchement : 0 / Petit orteil dans le meuble : 4
5. Malgré les douleurs d’accouchement, il y en a beaucoup qui décident de remettre ça.
Les mêmes qui ont juré, le jour J, qu’on ne les y reprendra pas, et que leur mec portera 7 capotes à chaque rapport et se retirera à l’autre bout de l’appart s’il veut avoir un jour la chance de re-goûter aux joies de la pénétration. Et qui quelques années plus tard ovulent à la vue d’un berceau et décident d’agrandir le cercle de leur famille et de leur… Non rien. Plus rares sont celles dont la vue d’un meuble déclenche une montée d’hormones aboutissant à un mielleux : « Chérichou, qu’est-ce que tu penserais si d’ici un mois je me prenais le meuble dans le pied ? ».
Accouchement : 0 / Petit orteil dans le meuble : 5
Allez, je te laisse femme enceinte, j’ai un tampon à changer et un orteil à cogner. De quoi tu te plains.

- Viens-là mon bébé.
- Non ze suis pas un bébé moi ze suis une grande fille !
- T’es un tout petit peu grande fille mais t’es encore surtout un bébé…
- C’est quand que ze suis une grande fille moi maman ?
- C’est quand tu sauras faire plein de choses toute seule.
- Bah moi ze sais faire plein de soses toute seule.
- Tu sais faire déjà des choses, oui.
- C’est quoi ze sais faire toute seule ?
- Tu sais manger toute seule, tu sais mettre ta culotte, ton pantalon et ton tee-shirt toute seule, tu sais marcher et parler, tu sais regarder des livres et jouer, tu sais allumer la télé et mettre de la musique, tu sais danser, tu sais me raconter ta journée, tu sais ouvrir les portes et les fermer, allumer la lumière et te brosser les dents, tu sais te coiffer toute seule, tu sais te lever de ton lit et monter les escaliers, tu sais te laver toute seule, tu sais couper ton jambon et mettre ta serviette, tu sais te déshabiller toute seule, tu sais mettre tes habits au sale et ranger ta chambre, tu sais t’occuper de ta poupée et me montrer où habite la nourrice, tu sais mettre ton manteau et où se rangent les écharpes, tu sais chanter plein de chansons et compter jusqu’à 7, tu sais dessiner et jouer à l’Ipad et tu sais…
- Bah pourquoi tu pleures dans ton zyeux maman ? Toi aussi t’es une grande fille.

- Elle est arrivée un peu plus tôt que prévu, en pointant son nez d’embryon un an jour pour jour après la mort de notre petite sœur. C’est sans doute depuis elle que j’ai une tendresse particulière pour les bébés qui n’en font qu’à leur tête.
- C’est la première et la dernière fois qu’elle a été en avance : depuis, elle n’est plus jamais arrivée un peu plus tôt que prévu ni même à l’heure à un rendez-vous.
- Quand elle était petite, je lui ai dit souvent qu’elle n’aurait jamais dû être là , que ça aurait dû être à notre autre petite sœur d’être avec nous, et qu’elle devait faire ses preuves pour qu’on l’accepte. On dit que les enfants sont cruels, j’étais pire.
- Elle n’est pas rancunière. Quand elle avait 2 ans ou 3, je me souviens lui avoir collé une branlée, à quelques centimètres de notre père. Quand elle s’est mise à hurler, mon père s’est levé et j’ai vu sa grande main se rapprocher dangereusement de ma joue. Son geste a été interrompu par une petite voix qui disait : « Non papa, je m’a cogné toute seule ». Puis elle m’a regardée avec des yeux qui semblaient dire : « Que ça ne se reproduise plus ». Elle a gagné à cette seconde mon respect le plus total.
- Elle ne ferme jamais ses volets quand elle dort, mais est la seule à savoir fermer la porte de sa chambre, cassée depuis une vingtaine d’années. Quand on s’engueulait avec elle et qu’on voulait la claquer (la porte), on repartait bredouilles dans un bruit de bois mou. Elle s’empressait de nous rappeler qu’on avait raté notre sortie en la claquant magistralement dans un fracas terrible.
- Ses pieds ressemblent à des mains. Heureusement, la réciproque n’est pas vraie.
- Quand elle est née, elle avait le teint très mate. J’ai cru qu’elle était noire. Dans l’ascenseur de la maternité, en repartant, j’ai demandé à mon père si deux parents blancs pouvaient avoir un enfant noir. Il m’a répondu « Non, sauf si le papa est parti très longtemps en voyage avant. » Je n’ai pas compris sa réponse, mais je m’en suis contentée.
- Elle a une analyse des gens et des situations d’une finesse hallucinante. Ta thérapeute à côté d’elle c’est Marc Lévy qui brosserait le profil psychologique d’un de ses personnages.
- Petite, elle voulait être « chasseuse de guêpes et de tous les animaux méchants ». Ado, elle a changé d’avis, et a voulu être actrice, plutôt. Dans Charmed. Ou Buffy, à la limite.
- Elle a installé près de son lit une lampe en suspension qui descend assez bas. Son jeu préféré consiste à nous regarder la prendre dans la gueule quand on repart de sa chambre.
- Il n’y a que sous on objectif que je me trouve à peu près regardable sur les photos. Elle trimballe son appareil partout, et est capable de rendre bucolique une plaque d’égout sur laquelle aurait chié un pigeon de la banlieue parisienne.
- Elle chante horriblement faux. Ca en devient presque un talent, ce doit être très difficile de faire sur une chanson entière toutes les notes sauf les bonnes.
- Elle est très au fait de la mode. Trop. Elle a toujours quelques années d’avance. Du coup il y a trois ans quand elle exhibait des têtes de mort on la prenait pour une gothique. Et 6 mois après, avec ses cuissardes, on la prenait pour une pute. Pour l’avoir vue vendredi, je peux d’ores et déjà vous dire que bientôt la mode sera « roumaine » ou ne sera pas. Jupe longue, tee shirt-large, veste informe. C’est moche, mais vous avez trois ans pour vous y habituer.
- Elle a des seins qui font la taille de mes fesses.
- Elle a un don pour les imitations, surtout celle de notre mère devant l’ordi.
- Elle a une passion pour ses trois nièces, qu’elle appelle « mes amouuuuuuuuuuuuurs ». Quand elle les revoit après une longue absence, on dirait Cristina Cordula sous LMD.
- On ne comprend jamais rien de ce qu’elle dit au téléphone. On finit par se demander si elle le met devant le bon orifice.
- Après l’avoir vue, j’ai toujours la bouche sèche d’avoir trop parlé. J’espère qu’elle n’a pas mal aux oreilles d’avoir trop écouté.
- Elle est tellement excessive en tout qu’à côté d’elle j’ai l’impression d’être raisonnable.
- Elle me fait hurler de rire et quand c’est elle qui rit elle a les coins de la lèvre qui descendent vers le bas.
- Tout le monde rit avec les coins des lèvres qui montent vers le haut. E lle ne fait jamais rien comme tout le monde.
- Elle vient de lancer un blog, si vous voulez la lire c’est par ici.
- Elle dit facilement « Je t’aime », moi moins, donc voilà .

Edit : juste avant de rédiger ce billet j’avais écrit cet article sur elleadore.com. Coïncidence ? Je ne crois pas.
Je suis pas très soirée blogueurs. J’ai rien contre les blogueurs hein (sauf une ou une exception), mais je ne raffole pas de leurs soirées comme je ne raffole pas des soirées « journalistes » ou des soirées « prothésistes ongulaires » (ça tombe bien remarquez, je suis rarement invitée). Bref, je ne raffole pas des soirées à thèmes.
Je ne suis pas très célébrités. J’ai bien une ou deux envolées de papillons dans le ventre quand je croise Matt Pokora ou François-Xavier de FX Story, mais globalement, j’ai pas d’attrait pour les gens connus, je veux dire pour leur tronche en vrai. Les voir à la télé, les lire ou les écouter ça me suffit amplement, puisque je n’ai rien à leur apporter je n’ai pas besoin d’avoir avec eux un contact privilégié.
Je suis pas très soirée blogueurs, je suis pas très célébrités, mais je suis TRES Frédéric Beigbeder.
Aussi, quand la charmante Maëlis m’a proposé d’assister à l’avant-première blogueurs du film « L’amour dure trois ans » en présence de Fréderic Beigbeder, j’ai répondu HIIIIIIIIIIIIIIIIN, OUH PUTAIN, SA MERE LA PUTE (pas celle de Maëlis) (ni celle de Fréderic), GNIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII, puis après j’ai fait « delete » et j’ai répondu :
« Oui, pourquoi pas. A vendredi.
Bisoux
Cordialement
Cdt »
Après j’ai eu une semaine pour faire d’horribles cauchemars où :
- Maëlis , déguisée en grand chêne (?), me demandait d’improviser devant tout le monde une chorégraphie sur une chanson qu’elle avait dans la tête (??), sans me dire laquelle c’était. (ça aurait été trop simple sinon).
- Une blogueuse mode m’interdisait de m’asseoir à côté d’elle parce que soi disant j’étais habillée, je cite, « comme si tu allais chasser la baudruche dans les années 80″. (En même temps, elle pouvait toujours parler, avec sa queue de sirène)
- J’arrivais en retard, et Fréderic Beigbeder m’engueulait devant tout le monde parce que j’avais pas de mot d’excuse. (le chauffeur de bus n’avait pas de stylo 4 couleurs) (et sa religion lui interdisait d’en utiliser un autre).
- Maëlis, qui avait délaissé son déguisement de grand chêne au profit de vêtements tout à fait convenables, me demandait si j’avais une question à poser à Fréderic Beigbeder. Je disais non, elle disait si, je disais non, elle disait si, je disais non, c’était si long que tout le monde finissait par se barrer, Fréderic Beigbeder le premier.
Bref, j’étais un peu perturbée à l’idée de cette rencontre.
J’y suis allée avec une copine et 4 culottes de rechange (j’aime beaucoup Fréderic Beigbeder)
La projection a commencé, puis 10 secondes après c’était fini. Enfin il paraît que ça a duré plus longtemps, mais je n’ai pas vu le temps passer.
Je ne vais pas me risquer à une critique cinématographique détaillée parce que :
1/ Je n’y connais rien en cinoche et je dois être la seule française à n’avoir vu ni « Les ch’tis » ni « Intouchables ». Afin de juger un film la règle pour moi est simple : je m’ennuie, c’est de la merde, je m’ennuie pas, c’est un grand film.
(Pour illustrer mon propos, je dirais par exemple que Jonathan le Goéland c’est de la merde).
2/ Je suis une fan inconditionnelle de Frederic Beigbeder, et je ne suis par conséquent pas très objective. Je pense qu’il se mettrait une plume dans le cul et réciterait des Fables de La Fontaine devant la caméra que je trouverais que c’est du grand art.
Alors, pour résumer, les acteurs sont géniaux : la ressemblance entre Frédo et l’acteur qui joue son rôle (Gaspard Proust) est frappante. Louise Bourgoin est une incitation au pétage de pattes arrières avec ce qu’on trouve sous la main tout à fait ravissante, Joey Star est étonnant, Valérie Lemercier est hilarante, Nicolas Bedos réussit à merveille à se faire passer pour un con, alors que c’est pas gagné quand on s’appelle Nicolas Bedos.
On rigole, beaucoup, et parfois en décalé, surtout quand on s’appelle Camille. (C’est bon, je repensais JUSTE à des vannes d’avant).
Je ne suis pas sure que ça fasse beaucoup réfléchir, parce que l’amour ça se réfléchit pas beaucoup finalement, disons juste que ça donne envie d’aimer vraiment et que c’est déjà pas mal.
Pour ceux qui auraient déjà lu le livre, sachez juste que ce n’est pas une adaptation du roman, mais plutôt une suite.
A la fin du film, on a applaudi.
Moi aussi.
(Avant, j’avais des principes pourtant.)
Puis Fréderique Beigbeder est venu pour qu’on lui pose des questions sur son film. Moi j’avais plutôt envie de lui poser autre chose sur autre chose, mais j’ai écouté attentivement.
Il y en a qui ont fait de l’auto-promo pour leur blog, et il y en a même une qui a fait de l’auto-promo pour sa chatte.
Pour te prouver que j’y étais vraiment, je peux même te livrer un petit secret de tournage : au moment du premier baiser entre Marc Maronnier et Alice (celui qu’on voit dans la bande annonce), on voit Alice sauter bizarrement, en fait c’était juste pour éviter les rails de travelling (what the fuck, tu connais pas ce terme ?).
A la fin de la soirée je l’ai croisé par hasard dans les toilettes, il m’a dit « Alors, vous avez aimé ? », je lui ai répondu un truc trop drôle, je ne sais plus ce que c’était. Quand il a arrêté de rire (ça a duré longtemps), il m’a proposé d’aller boire un verre, on est allés danser au Baron et sur Francky Vincent (enfin sur sa chanson quoi) il m’a demandé en mariage. J’ai dit « Oui pourquoi pas, sauf que j’ai pas de stylo 4 couleurs ».
Puis là je me suis réveillée.
Après je me suis souvenu qu’en fait je ne lui avais même pas parlé.
J’avais pourtant quelques questions à lui poser, à un moment j’ai même levé la main, mais je l’ai rapidement baissée en me rendant compte que j’avais plus de culotte de rechange.
Oui parce que je sais plus si je vous l’ai déjà dit, mais j’aime beaucoup Fréderic Beigbeder.

Hier, les soldes ont commencé. Ouais, ici c’est un blog à scoop. (Et à propos de scoop paraitrait que Carla Bruni a accouché et que Free a sorti un forfait illimité pas cher.)
En général, tous les premiers mercredis de solde je me mets en tête de trouver les vêtements qui me rendront enfin irrésistibles aux yeux de mon reflet et du reste du monde.
Alors, ça me coûte un peu cher, forcément. Je pense qu’en additionnant les sommes consacrées à ce shopping de l’extrême, on n’est pas loin du prix d’une opération chirurgicale corps + visage et d’une semaine de vacances au soleil pour se remettre de tout ça.
Hier j’ai donc décidé à la place d’aller chez le coiffeur.
J’avais la petite appréhension habituelle, mais sans plus, rapport que ça pouvait pas être pire.
Une fois dans le marais, j’ai tapé « coiffeur + Marais » parce que je me suis dit que ça serait plus rapide que « charcutier + Toulouse » pour trouver ce que je cherchais.
J’ai lu les avis consommateurs du premier qui apparaissait :
« suis ressortie avec une tête d’épagneul breton. A éviter à tout prix ! »
« Trois mois et demi que je ne suis pas sortie de chez moi tellement je suis laide. Pas terrible. »
« Si je retrouve celui qui m’a fait ça je lui explose la tête aux ciseaux ou alors je le teins en roux. »
« Mon mec m’a quittée mon patron m’a licenciée et mon fils de 4 ans hurle quand je l’approche. En revanche, les prix sont abordables. »
Alors finalement j’ai pris rendez-vous chez le second, qui s’appelait Hair&Wave.
J’ai senti qu’on allait bien s’entendre quand il m’a épargné le sempiternel « Vous faites quelque chose pour vos pellicules » alors qu’il neigeait autour de nous.
Après il a commencé à me coiffer et mes vieilles angoisses ont repris le dessus. Au bout de 17 secondes, je lui disais : « oui c’est bien, là . Parfait », ce à quoi il me répondait qu’il n’avait pas commencé à couper.
Je lui ai dit que je voulais un carré plongeant mais pas trop plongeant et pas trop carré.
Il m’a dit « ok ».
Puis après il s’est produit un miracle : je reprenais forme humaine au fur et à mesure de ses coups de ciseaux.
J’arrivais même à me regarder dans la glace et j’avais presque les tétons qui pointaient.
En le voyant continuer à œuvrer, j’ai eu un peu peur que survienne le moment où tout bascule, celui qui te rend profondément nostalgique capillairement parlant, alors j’ai ponctué ses coups de ciseaux de remarques destinées à lui faire comprendre qu’il pouvait s’arrêter là :
Moi : Ah oui c’est bien là .
Le ciseau : clip, clip
Le coiffeur : …
Moi : Oui vraiment, merci.
Le ciseau : clip clip.
Le coiffeur : …
Moi : Voi-là , très bien, je vous dois combien ?
Le ciseau : clip clip
Le coiffeur : …
Moi : Merci et à bientôt.
J’avais commencé à me relever et à lui serrer la main pour que le message soit plus clair, mais il m’a dit que c’était pas fini, alors j’ai fermé les yeux et j’ai attendu.
Quand je les ai rouverts, c’était encore mieux que quand c’était pas fini.
J’ai eu un énorme élan d’affection pour ce jeune homme que j’étais prête à remercier de toutes les manières qui soient, sauf qu’il était coiffeur ET officiait dans le Marais, ce qui ne laissait pas beaucoup de doutes possibles sur son orientation sexuelle.
Je lui ai proposé de me faire l’amour de dos en m’appelant Jean-Claude.
Il m’a juste demandé 40 euros, je lui ai dit « Ecoute déjà ça risque d’être un épisode un peu éprouvant pour moi je vais pas EN PLUS te payer 40 euros ».
Il m’a regardée avec un air de coiffeur du Marais étonné, et j’ai payé.
C’est la première fois en 28 ans que j’ai pas envie de mourir en sortant de chez le coiffeur et la première fois que je m’en sors pour 40 euros un premier mercredi de soldes.
Plus qu’une petite virée chez Sandro, et je pense que je pourrai me masturber en pensant à moi-même.

On me demande parfois pourquoi ça s’est fini avec mon ex. Je réponds que c’est quand il m’a demandé de faire couler l’eau.
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Il me semble que la mort d’une relation amoureuse se fait en trois étapes.
La première étape, c’est qu’on ne s’écoute plus.
- Je peux avoir du pain ?
- Ah ouais ? Et c’était bien ?
La deuxième étape, c’est qu’on ne s’entend plus.
- Je peux avoir du pain ?
- Du quoi ?
Alors tu adoptes le principe de précaution, qui consiste à répéter deux fois tes phrases ou le dernier mot de celles-ci.
- Je peux avoir du pain du pain ?
L’autre ne s’en étonne même pas vraiment, d’ailleurs tu lui aurais demandé une clé de 12 qu’il t’aurait aussi tendu le poivre.
La troisième, c’est qu’on ne se comprend plus.
Entre temps tu as adopté un autre principe, qui se résume à « on n’est jamais mieux servis que par soi-même » alors pour pas crever de faim tu prends le pain toute seule.
Et un jour, il est dimanche, il est 10 heures, il est couché dans le lit à côté de toi, ton coude droit touche le sien gauche, ça fait longtemps que vous aviez pas vécu un tel degré de complicité et d’intimité.
Vous vous apprêtez à vous lever et dans un élan de passion, il te dit « Tu vas faire couler l’eau ? »
Il t’a demandé un truc qui n’est pas administratif, tu vas faire pour lui quelque chose d’autre que d’étendre ses caleçons usés par le temps et l’habitude, la passion est en train de renaître de ses cendres, tu te lèves, tu le bouscules (toutes ces émotions te rendent un peu maladroite), et tu vas faire couler l’eau.
Tu reviens dans la chambre pour lui annoncer de ta plus jolie voix : « ça y est, j’ai fait couler l’eau. »
Quelques minutes après, tu l’entends se lever et te rejoindre dans la cuisine. Quand il te voit, il a l’air étonné et te dit « Bah t’es pas dans la douche ? ».
Tu réponds non. Tu aurais bien répondu « si, tu vois bien », pour le faire rire, mais ça fait bien longtemps que tu ne le fais plus rire.
Alors il dit « Bah pourquoi il y a l’eau de la douche qui coule ? » Et en s’approchant de la cafetière il enchérit « Et je croyais que t’avais fait couler l’eau pour le café ? »
Il te regarde, tu le regardes, il te regarde, tu le regardes, il regarde la cafetière, tu regardes la cafetière, il écoute la douche, tu écoutes le silence de la cafetière, et tu comprends.
Tu comprends que tu as cru qu’il te demandait d’ouvrir le robinet de la douche, pour que l’eau soit chaude quand il y entre. Tu comprends que ça n’a pas de sens, mais il est déjà trop tard.
Il va éteindre l’eau de la douche et faire couler celle de la cafetière en haussant les épaules.
C’est la fin de votre idylle.





