Pendant longtemps, je n’ai eu pour seul point commun avec mon frère celui d’être né des mêmes parents que lui.
Avoir passé 9 mois dans le même ventre et être issu des mêmes testicules ça crée des liens, forcément. D’autant plus mon père lui ayant donné naissance à 30 ans et à mois à 32 ans, je suis en train de réaliser qu’on a dû se côtoyer de près pendant deux ans, à l’état de spermatozoïdes. A moins qu’on ne soit pas issus de la même couille, ce qui expliquerait cela.
On a toujours été très différents. La preuve, quand on était petits, il aimait les Smacks.
Très vite, il n’a pas pu me blairer. Il m’a d’ailleurs pas vraiment laissé le temps de faire mes preuves, puisqu’il paraît que quand il a appris que j’allais agrandir le cercle de la famille (et celui de notre mère par la même occasion), il a fait ses valises pour fuguer. Il avait mis trois légos et un packet de Smacks dans son sac à dos bleu, et il est parti.
Dans le garage.
Pendant 20 minutes.
Quand il en est sorti, il a été déçu, mes parents n’avaient même pas eu le temps de s’apercevoir de son absence. Je crois qu’en lui demandant en se marrant ce qu’il foutait dans le garage avec un sac à dos bleu sur le dos ils ont signé mon arrêt de mort.
Il a eu tort de s’inquiéter de mon arrivée, j’étais bien loin de faire de l’ombre à son statut de fils prodigue, d’aîné aux cheveux dorés. Sur les photos de nous petits, on ne voit que lui, avec au bout du bras une sorte de boule de graisse avec des cheveux noirs clairsemés. Moi.
Physiquement il était beau, j’étais rigolote.
Ma mère assortissait nos vêtements, pour les photos du dimanche dans le jardin. On aurait dit un catalogue Cyrillus sponsorisé par le Téléthon, ou l’inverse. Un enfant mannequin qui tenait tendrement la main d’une petite autiste un peu laide, pour prouver qu’on naissait tous égaux en droits.
J’étais gentille, « bonne pâte », c’est pratique quand on n’a pas un physique facile. Lui avait « oublié d’être bête », en langage de grands ça voulait dire qu’il avait un caractère de merde, c’est un privilège réservé aux enfants beaux.
Il est devenu de plus en plus beau, et donc de plus en plus chiant, comme si les deux caractéristiques allaient de pair et que leurs courbes montaient en même temps. Je ne le savais pas encore mais à l’adolescence il deviendrait beaucoup moins beau et ferait mentir les schémas en devenant encore plus chiant.
Un de mes plus vieux souvenirs remonte à mes 4 ans. Il paraît qu’à cet âge-là on se souvient surtout des évènements traumatisants. Je me souviendrai de celui-là jusqu’à mon dernier souffle.
J’avais eu pour mon anniversaire un Poney Rody. J’en rêvais depuis des années (au moins une demi), et pour cause, c’était une sorte de poney gonflable qu’on chevauchait en agrippant ses oreilles (celle du poney, pas les nôtres) (enfin on pouvait aussi mais du coup on tenait moins bien), afin d’effectuer une série de bonds en prenant appui sur nos pieds. On avait l’air con mais on était heureux, c’était ça qui comptait.
Il était rouge, brillant, il sentait bon le jouet neuf et je refusais de m’en servir dehors pour qu’il ne perde rien de sa superbe. Je me tapais tous les murs et toutes les étagères de la maison, je commençais vaguement à ressembler au-dit poney, mais peu importait tant que j’épargnais mon Rody de la moindre égratignure. Mes parents avaient juste obtenu de moi qu’il dorme dans le garage, pour éviter qu’il encombre inutilement ma chambre.
Un jour, je me suis engueulée fort avec mon frère, sans doute une sombre histoire de Gi-Joe déplacé ou de journal intime ouvert à son insu. Je ne savais pas lire, je n’avais donc pas eu l’opportunité de dire à ma mère qu’on pouvait y lire « MARI-PASCALE EST UNE SALOPEU », mais elle s’en apercevrait d’elle-même bien assez vite. Bref, il était colère, et moi j’étais barricadée dans ma chambre.
Quand il a frappé pour entrer dans ma chambre, j’ai compris que ça sentait le roussi. Quand il m’a dit « Va voir dans le garage, il y a une surprise pour toi », j’ai retrouvé mes réflexes de bonne pâte en imaginant qu’il y avait peut-être installé, pour se faire pardonner, une fontaine de chocolat ou un punching-ball à son effigie.
Je suis descendue, et Rody tirait la gueule. Devant son air contrarié, je me suis approchée, tout doucement pour ne pas l’effrayer, et je lui ai caressé son crâne luisant en lui demandant quelle misère mon frère lui avait fait.
A l’époque j’avais l’esprit à peu près bien tourné, mais aujourd’hui devant la tête du poney j’aurais soupçonné mon frère de l’avoir enculé avec du gravier et un filet de vinaigre.
En fait, c’était pire. Je m’en suis aperçue en le retournant. Sur son ventre, on pouvait y lire aux lettres de marqueur noir « LES NÉNÉ DE CAMILLE ». Je ne savais pas lire, mais le dessin qui illustrait la mention ne laissait pas beaucoup de doutes possibles sur son contenu.
Depuis, je soupçonne mon frère d’avoir provoqué chez eux une sorte de drame traumatique ayant abouti à leur absence de croissance.
Récemment, alors qu’il était depuis quelques années sorti de l’adolescence et que son visage avait donc retrouvé forme humaine, son nez n’étant désormais plus tout à fait proportionnel à ses bras, il est allé au Japon et m’a ramené un cadeau.
Un tout petit cadeau, d’1,5 cm sur 4 environ. J’ai pensé que c’était un moulage de sa bite, c’est la seule chose de mes souvenirs qui faisait à peu près cette taille. Mais non.
C’était un Rody, haut comme trois pommes naines, rouge et brillant, sans la moindre égratignure.
Je ne sais pas ce qui m’a le plus touché. Qu’il se souvienne de cet évènement ou qu’il me présente, à ce moment-là , un semblant d’excuse.
Depuis je le re-aime mais ça n’a pas fait revenir la virginité de Rody.
Toujours est-il que depuis, je le montre tous les soirs à mes seins en leur disant que c’est de l’histoire ancienne, mais que voulez-vous, la mémoire est sélective et la poitrine rancunière.
En ce moment son grand truc c’est de tout faire toute seule.
Mes journées font donc 48 heures, parce qu’elle a beau être très en avance, putain qu’est-ce qu’elle est lente.
Elle s’habille toute seule, se lave les dents toute seule, met ses chaussures et son manteau toute seule, et voilà qu’elle veut marcher toute seule, quand je fais un pas elle doit en faire trois, il faudrait que je réduise ma vitesse de deux tiers pour marcher à son rythme, elle essaye de me cacher qu’elle est essoufflée, c’est mignon mais je peux pas, j’ai du travail ma Chérie, dépêche-toi on est à la bourre, comment ça je cours trop vite, je marche tu vois je marche, et si t’es pas contente tu viens dans mes bras. Quoi t’es pas un bébé, je sais que t’es pas un bébé, et alors ça m’empêche pas de te prendre dans mes bras, une maman ça a le droit de prendre son enfant dans ses bras jusqu’à ses 18 ans révolus, et après ça recommence à partir de 80 ans, rappelle-toi hier quand on est allés voir Mamie je l’ai portée pour marcher, et elle est pas petite.
Après je la laisse chez sa nourrice, elle fait plein de trucs toute seule surement, des trucs de grande, d’ailleurs elle me raconte qu’elle a lu des grands livres avec ses grands copains parce que depuis quelques semaines l’utilisation du mot « petit » est banni de notre vocabulaire, en ce moment elle a un « grand » verre et un « grand » doudou, et elle prend des « grands » bains même s’ils durent 3 minutes 30 parce qu’on a pas que ça à faire, mais d’abord elle essaye d’enlever son « grand » gilet.
Ca m’énerve ça prend du temps, j’ai des choses à faire moi ma chérie, puis il est tard et tu vas encore te coucher à pas d’heure, mais dépêche-toi un peu on dirait que tu le fais exprès.
Elle se bat contre son premier bouton, et dire qu’il y en a 7 en tout, je vais regarder mes mails ou mes notifications sur Facebook sur mon portable en attendant, t’es mignonne ma puce mais on a pas la soirée devant nous, pourquoi tu veux pas que je t’aide, ça irait quand même plus vite, et puis ton bain va refroidir et il faut que je fasse chauffer ton dîner.
Elle se bat donc contre son premier bouton, elle le tord dans tous les sens, ses petits doigts essayent de plier le tissu, puis de faire passer le bouton, elle décompose tous les gestes qui sont pourtant si naturels, c’est pour ça qu’elle me regardait autant le faire à l’époque où elle m’y autorisait, elle échoue, elle recommence, une fois puis deux puis cinq, et là un miracle se produit : le bouton passe dans le trou, et il en reste plus que 6.
Alors elle lève les yeux vers moi pour vérifier que je la regarde. Elle a de la chance je n’avais pas de réseau, alors je la regarde et elle a les yeux qui dégoulinent de fierté. Elle sourit en coin mais elle ne dit rien pour bien me montrer que c’est normal qu’elle y arrive puisqu’elle est grande.
Et j’ai envie de lui tricoter un gilet à 127 boutons, pour que ça recommence encore 126 fois.
Aujourd’hui c’est mardi gras, et j’avais envie de vous parler de déguisements.
Ou plus exactement des qualités déguisées en défauts, et des gens et des discours qui avancent masqués.
L’autre jour, j’ai rencontré en soirée une fille qui m’a fait plutôt bonne impression. Je m’apprêtais même à lui demander qu’on soit amies sur FB ou si je pouvais lui toucher les seins, quand soudain elle a lâché une bombe.
Elle a dit, alors qu’on parlait de son couple : « Quand ça pète, ça pète… »
A ces mots j’ai senti au frisson qui me parcourait l’échine qu’on allait droit dans le mur. En crépi, le mur.
Et je me le suis pris de plein fouet quand elle a ajouté, en parlant un peu moins fort comme pour me confier un secret : « Faut dire qu’on a tous les deux notre petit caractère ».
Elle m’a dit ça d’un ton faussement coupable, avec l’air de quelqu’un qui confesse un défaut.
Et comme prévu elle a ajouté : « En fait tu vois j’encaisse, j’encaisse, puis un moment j’en peux plus, alors j’explose et je hurle ».
Il y a des défauts qui ont bonne presse, et qu’on toujours du plaisir à vanter.
Si t’as ton petit caractère, t’as ton pass pour la vraie vie. Un pass que tu as plutôt intérêt à exhiber, mais subtilement, de préférence. En le faisant passer pour un défaut, afin de mieux vendre ton inestimable qualité.
Idem pour l’exigence. Ce qu’on ne dit pas assez c’est qu’un chaton meurt dans d’atroces souffrances à chaque fois que quelqu’un déclare que son problème, c’est qu’il est trop exigeant avec les autres et avec lui –même.
Ca marche aussi avec la rancune. C’est tendance d’être rancunier, ça laisse penser aux gens que tu te respectes sur le long terme.
Tu feras toujours ton petit effet en disant « Le problème avec moi (ne pas oublier de le faire passer pour un défaut), c’est que quand on m’a fait souffrir une fois je donne rarement une deuxième chance. C’est que j’oublie jamais vraiment quand on me fait du mal. »
Je rêve de soirées où en discutant avec les gens, ils n’auraient pas de mal à te confier qu’ils ne se mettent pas la barre assez haute et qu’ils ont du mal à exiger des choses des autres. Que le problème avec eux, c’est que quand on leur chie dessus ils ont tendance à redemander encore un peu, et que malheureusement ils oublient toujours très vite qu’on leur a fait du mal.
Je rêve qu’ils n’aient pas peur d’ajouter  « J’encaisse, j’encaisse, puis un moment ça ne va plus, et je m’enferme dans ma chambre pour pleurer ».
Je rêve d’un lendemain de mardi gras où les gens auraient décidé d’enlever leurs masques, une bonne fois pour toute et au moins jusqu’à l’année prochaine.
Jeudi, j’ai rendu à mon éditrice le manuscrit des 365 jours coquins pour lequel je vous avais sollicité. Je vous remercie 1000 fois pour votre aide, et j’attends que ma fille daigne vouloir tirer 3 papiers parmi ceux que j’ai soigneusement découpés avec les numéros de vos commentaires, mais pour l’instant elle peut pas, elle regarde Le gangbang des requins. Le gang des requins, pardon, ça s’invente pas quand même.
L’avant-veille, mardi donc, j’avais mis les bouchés (…) doubles (…) pour rendre tout ça dans les temps, et il se trouve que c’était aussi le jour de la St Valentin.
Je suis cynique sur à peu près tout, sauf sur ce qui donne l’occasion de boire du champagne. Et à ceux qui pensent que la St Valentin ça devrait être toute l’année, je réponds que j’ai pas les moyens d’acheter une bouteille de Pommard par jour.
Puis ça me coûte pas que 30 euros cette affaire. Ca me coûte aussi ma dignité, parce qu’il faut savoir que j’ai beau gagner ma vie en parlant sexe, les cordonniers n’amassent pas mousse comme on dit, et je suis à  peu près la française la plus prude en matière de sexe face à des inconnus. Je veux dire, il y a des gens que ça ne dérange pas d’aller acheter des capotes ou des mouchoirs, moi je ne peux pas acheter de PQ parce que ça suppose que je suis dotée d’orifices.
Or, passer à la caisse avec du champagne un 14 février, c’est un peu comme y passer avec une pancarte clignotante accrochée au cou « Ce soir je vais me faire choper peut-être. »
D’ailleurs la dame elle m’a dit « En vous souhaitant une bonne soirée », et je crois bien qu’elle a fait un clin d’oeil complice et lubrique, peut-être aussi rapport au fait que ce jour-là j’avais malheureusement aussi besoin d’acheter un concombre.
J’ai passé le reste de la journée à chercher la vingtaine d’idées coquines qui me manquaient, puis, à la date du 14 février, j’ai écrit : « Rentrer avant lui et vous emmitoufler dans un grand plaid, façon mamie. Pas tant mamie que ça, puisque vous aurez caché en dessous une tenue sexy et une bouteille de champagne ».
Alors forcément ça m’a donné des idées.
J’ai couché ma fille en lui disant que Maman s’apprêtait à faire sans doute une grosse bêtise, mais qu’elle l’aimait très fort puis je suis montée dans ma chambre, pour sortir d’un vieux carton « trucs inmettables » un très joli body en dentelle. Il était là , à côté d’un jean avec trois jambes et de deux cols roulés sans manches, intact, avec encore l’étiquette.
Faut dire que j’ai du mal à trouver une bonne occasion de le mettre. C’est pas tout à fait le genre de vêtements que tu portes façon « casual décontractée » avec un jean un dimanche pluvieux de novembre. C’est pas non plus tout à fait le genre de trucs que tu mets pour aller en boîte, sauf si tu veux finir la soirée avec Guy Georges.
Bon je sais c’est moche le discours « on a plus de risques de se faire violer en s’habillant sexy », mais vraiment, tu dis ça parce que t’as pas vu le body.
Alors je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais. Il était 20 heures, mon mec arrivait à 22, ça me laissait tout le temps d’essayer, au moins.
Une paire de  bas et des escarpins plus tard, j’étais prête.
C’est simple, j’avais l’impression d’être une petite fille déguisée en pute.
J’ai appelé ma copine Léo, adepte de ce genre de fantaisies, pour lui demander si c’était normal si j’étais prise d’un fou rire quand je me voyais.
- Tu te trouves pas bonne ?
- Je me trouve rigolote quoi.
- Rigolote. Vire-moi ce nez rouge et cambre un peu les reins.
- Ca y est.
- Alors ?
- Je me trouve rigolote et j’ai mal au dos.
- Prends un air sérieux. Genre un peu diva.
- On dirait une pute pas contente.
- Marche d’un pas décidé.
- On dirait une pute décidée à pas être contente.
- T’es toute seule ?
- Non non je suis avec ma fille et ma mère, d’ailleurs elles ont le même body on pensait faire une campagne putes de mères et filles.
- C’est quoi ce bruit ?
Ce bruit c’était mon mec qui venait de rentrer un peu plus tôt que prévu. J’ai dit à Léo « Je te laisse » et à mon mec « Ah t’es là . »
Il a bredouillé « Qu’est ce qui se passe? » j’ai dit « Ca fait pute quand même non ? », et c’est quand il a dit « Non pas du tout c’est très distingué » que j’ai compris que ça faisait vraiment pute.
Je m’apprêtais à vous raconter la suite mais il y a ma fille qui vient de me faire signe que c’était bon, pour le tirage au sort. Maître Nadjar aurait été là que ça aurait pas été plus équitable, la preuve ici, parce que je n’arrive pas à mettre la vidéo sur le blog. Puis tu peux même en profiter pour me demander d’être ton amie, j’accepte tout le monde (même les mecs qui disent qu’ils vont baiser ma grand-mère comme on m’a dit hier sur mon mur) mais en profil limité alors tu verras pas de photos de mes fesses (ni de ma grand-mère).
Et pour ceusses et celles qui n’auraient pas Facebook, sachez que les numéros gagnants sont le 10, le 11 et le 26, et qu’ils correspondant aux commentaires de Zake, Phoebe et Ludi, à qui je serai grès (oui, on peut porter un body de pute de temps en temps et utiliser des expressions d’antan) de m’envoyer leurs adresses en passant par ici.
Encore merci à tous, et à très bite bien sûr.
Tu t’en souviens peut-être, en décembre 2010, au moment de Noël, je t’annonçais la sortie d’un livre écrit par mes petits doigts pas tout à fait innocents, puisqu’il s’agissait d’un ouvrage contenant 365 idées pour pimenter sa vie sexuelle.
365. Oui. Autant te dire que je m’étais creusé la cervelle, moi pour qui la seule expérience sexuelle se résumait à avoir conçu un enfant en missionnaire un soir de septembre 2008.
Tu te rappelles peut-être que tout ça m’avait un peu émoustillée, et que je n’étais pas la seule puisque à  réception du manuscrit, ma très respectable éditrice m’avait quand même envoyé un mail qu’elle avait malencontreusement conclu d’un inoubliable « Merci pour ton travail, et à très bite. »
Après je m’étais flagellée pendant quelques temps avec un roman de Marc Levy pour me purifier de toutes ces mauvaises pensées que j’avais eues pendant ces mois de labeur, où je m’endormais tous les soirs avec des bites qui dansaient le pole-dance dans ma tête.
Puis mon éditrice m’a contactée pour m’annoncer qu’aux vues du nombre de ventes, de l’augmentation de la natalité en France et de la baisse du nombre de divorces provoquées par ce séisme littéraire, le livre était réédité pour 2012, et aussi pour 2013, à condition que cette fois j’arrive à trouver 70% de nouvelles idées.
Soit environ 250 en plus.
Je lui ai demandé si on pouvait élargir un peu le cercle (sic) des possibilités en faisant intervenir des animaux, des gens de la famille ou des morts, et face à son refus j’ai remis mon chien à sa place et je me suis remise sérieusement au travail.
J’ai refermé mes volets pour pouvoir regarder Youporn toute la journée en m’abritant des regards indiscrets, j’ai pensé au sexe de 9h à 18h, heure à laquelle j’allais chercher ma fille chez la nourrice avec les yeux qui, j’en suis sure, affichaient un panneau lumineux « J’ai passé ma journée sur des sites de boule ».
J’ai mis mon imagination débordante et mes amis à contribution, je connais maintenant les détails les plus intimes de leur vie sexuelle, et pour les quelques derniers à trouver, je sèche.
Je sais, c’est un comble pour un livre sur la libido.
Alors si tu pouvais venir m’humidifier tout ça avec tes idées à toi, je t’en serai éternellement reconnaissante.
Et pour te remercier de ta contribution, je tirerai au sort trois gagnants parmi les commentaires, à qui j’attribuerai trois cadeaux : deux coffrets à offrir à ton Valentin ou ta Valentine, (dont le premier est créé aussi de mes deux petites mains toujours pas innocentes),

Coffret "Idées coquines", 9,90 euros, Editions 365 (Contient un carnet d'idées sensuelles et deux dés coquins pour guider vos préliminaires...)

Coffret "Je t'aime", 9,90 euros, Editions 365 (Contient une bougie coeur et un carnet de citations et d'idées amoureuses...)
… Et un exemplaire du livre 2012 pour le troisième. En plus, comme on est déjà le 10/02 t’auras plein de pages à rattraper et toi et ton partenaire (ou ta main) vous marcherez en cow-boy au moins jusqu’au printemps.
Ah oui, et puis si tu me donnes une bonne idée que je reprends, je la mettrai dans le livre à la date de ton choix que tu m’indiqueras dans ton commentaire (par exemple ton anniversaire ou celui de ta mère) pour que ce jour-là ça soit vraiment ta fête (ou celle de ta mère).
Je t’écoute, mais sois original : j’ai déjà épuisé toutes les combinaisons possibles en terme de membres/orifices, toutes les pièces de la maison et tous les fruits et légumes du potager.
C’est à toi.
Samedi soir, 30 ans de ma cousine, le thème de la soirée c’est moustaches et perruques. J’ai lu le mail trop vite, au début, je croyais que c’était soirée chapeaux. Quelques heures avant, ma belle-sœur me jure que je me suis plantée, je la soupçonne de chercher à me tendre un piège qui consisterait à me faire arriver en moustache à une soirée chapeaux. Je finis par la croire, je fais bien, j’aurais eu l’air con avec mon chapeau, alors que là j’ai l’air vachement plus intelligent avec ma moustache grise collée sous le nez.
Je m’en vais frotter ma moustache contre quelques joues pour dire bonjour, je ne reconnais pas grand monde, déjà je ne suis pas physionomiste et en plus il faut savoir qu’une moustache ça te change une femme, comme dirait mon esthéticienne. J’arrive presque au bout des bises, ma moustache se décolle à moitié, je me promets de l’enlever quand j’aurais dit bonjour, là -bas, à la jeune fille près du buffet.
Je lui tends ma moustache en me présentant, « Camille, je suis une cousine de Lucie ». Elle me répond, presque en s’excusant, « je suis juste là pour aider pour le service en fait ». Je lui dis que c’est déjà pas mal, on échange quelques sourires, je m’apprête à lui raconter la fois où j’ai serré la main du portier en déclinant nom et profession le jour d’une réunion importante au taf, mais je m’arrête net en voyant ses yeux.
Je lui demande son prénom.
Quand elle me le dit je sens mes jambes qui flanchent un peu et ça fait comme un tourbillon de souvenirs.
J’ai 17 ans, je suis à la fac, enfin j’essaye, j’ai beaucoup de temps et pas beaucoup de ronds, je cherche des baby-sittings et une dame m’appelle pour me rencontrer.
J’y vais, on s’installe dehors, on est en mai, elle a dans les bras un bébé de 6 mois et me dit que c’est elle qu’il faudra garder toute la journée. A 16h30 tous les jours, il y aura trois autres enfants qui arriveront, de 8, 6 et 4 ans.
La dame ajoute qu’elle sera là , mais dans sa chambre. Elle a besoin de se reposer, ce n’est qu’à la fin de la discussion qu’elle lâche le mot, elle est en chimio.
Deux jours après, à 8h je suis là . J’aide les enfants à se préparer, je les emmène à l’école à pieds. Et tous les jours d’après. Quand je rentre je vais chercher la plus petite, qui sent encore le sommeil. On joue, on va se promener, souvent les enfants rentrent pour déjeuner, on mange dehors, je les ramène à l’école et je range la cuisine, pendant la sieste du bébé la maman me dit souvent de rentrer chez moi, je crois qu’elle a envie d’être toute seule, de sentir pendant quelques heures qu’elle est la maîtresse de maison. Je reviens vers 15h, et bientôt je repars avec la poussette chercher les trois autres. On goûte, je redécouvre le goût de la grenadine et la sensation du chocolat qui craque entre la dent et la paroi moelleuse du pain beurré. J’aide l’aînée à faire son travail.
Souvent, dans la journée, leur maman descend. Parfois c’est à l’heure du déjeuner et on mange tous les 6, les enfants trouvent que ma vinaigrette est pas bonne alors elle les reprend gentiment en préparant la sienne, elle leur pose des questions, elle les écoute raconter leurs anecdotes d’école. Elle a constamment avec eux un sourire un peu ébahi, elle regarde toujours ses mômes comme si c’était la première fois qu’elle les voyait.
Je trouve qu’elle a une tête de petite fille, elle a 33 ans pourtant, mais elle a quelque chose d’enfantin, elle a parfois les yeux très cernés mais toujours cette malice dans le regard.
Parfois quand les grands sont à l’école elle descend et on boit un thé, on discute pas mal, de tout, elle impose une sorte de respect qui fait que je lui tape pas dans le dos, puis elle est beaucoup trop raffinée pour ça, chez elle tout est fin et léger, sa démarche, sa silhouette, ses cheveux, ses traits, ses articulations, d’ailleurs elle joue souvent du piano, elle sait déchiffrer en jouant une partition compliquée comme on déchiffre en lisant à voix haute la page d’un magazine.
Puis c’est l’été, ma mission s’achève et je dis « à bientôt » à toute la famille, après je crois que je reprends les cours quelques jours, quelques semaines ou quelques mois.
La chronologie des évènements m’échappe un peu, mais un jour j’apprends que c’est fini, et qu’elle ne jouera plus jamais de piano.
J’apprends que ça fait déjà 15 jours, et moi je n’ai rien fait. Pas un mot, pas un bouquet, alors je décide d’en faire encore moins, de me faire toute petite pour qu’on m’oublie. J’ai 17 ans, je suis une petite conne qui se réfugie derrière le fait qu’elle ne sait pas quoi dire, comme si des gens savaient les paroles qui réconfortent, alors je me tais.
Samedi aussi quand elle me dit son prénom je me tais quelques instants. Puis je bafouille que je l’ai gardée, quand elle était petite.
Elle me dit « petite comment », je lui dis « Tu avais 8 ans ». Il y a encore un petit silence, et elle me dit simplement « Je ne me souviens pas du tout de toi. »
Toute la soirée, je la guette du regard, je veux aller lui parler mais j’ai peur, j’ai peur aussi de repartir sans lui avoir parlé, je sais même pas vraiment ce que je veux lui dire, et un moment elle passe juste à côté de moi et me dit « En fait je me rappelle très bien. »
Elle est là , avec son plateau d’allumettes aux fromages, il y a du monde partout autour de nous alors je réponds juste « Ah » ou un truc comme ça.
Puis quelques minutes après, je me décide à y aller.
Elle est partie.
Je repars avec ma moustache et sans lui avoir dit que, petite fille, elle recommençait toujours son travail quand elle faisait une rature et que sa chambre était impeccablement rangée tellement elle voulait être irréprochable.
Qu’elle y arrivait bien, que d’ailleurs sa maman m’avait dit qu’elle avait de la chance d’avoir une petite fille qui était déjà si grande, que sa maman était tellement souriante et optimiste qu’un jour, en parlant de son boulot, je lui avais demandé « Mais pourquoi tu as arrêté de bosser si tu aimais autant ton taf ? » en oubliant qu’elle était malade. Qu’elle m’avait répondu « Pour me reposer un peu, je peux être une sacrée fainéante quand je veux » et qu’on avait eu toutes les deux un fou rire un peu nerveux.
Et que, lors de notre première rencontre, dehors, alors qu’elle m’expliquait ce que j’aurai à faire, ses yeux étaient soudain devenus plus vraiment malicieux et elle avait pris un ton sérieux et un air grave pour me dire :
« Il y a deux choses sur lesquelles je serai intransigeante. La première, c’est que tu enlèves systématiquement la poussière du filtre du sèche-linge, j’ai un toc avec ça. La seconde c’est qu’il n’y ait jamais une ambiance d’hôpital à la maison. Je veux que tu mettes la musique trop fort pour les enfants, qu’ils crient, que tu les engueules, qu’ils râlent parce que tu les engueules et que j’arrive pas à m’endormir tellement il y a de boucan. »
Et je lui ai pas dit non plus que je pensais à sa maman chaque fois que je lançais le sèche-linge et que j’essayais de faire une vinaigrette, et que tous les jours où je faisais ni l’un ni l’autre je me demandais comment allaient ses enfants, et ce que je leur dirai le jour où je les recroiserai.
Que je me suis souvent demandé si ‘javais une légitimité quelconque à être vecteur de souvenirs de cette période et de cette maman qui n’appartenaient qu’à eux, et si mon rôle c’était pas juste de reprendre une allumette au fromage et de lui dire merci.





