Mon rêve de gosse

Publié le 01 juin 2016 par Camille

Il y a quelques mois, j’ai réalisé un rêve de gosse.

Un truc que j’avais demandé pendant des années, pour lequel j’avais essuyé mille refus, eu mille discussions dont certaines avaient été à deux doigts de me faire couper les ponts avec mes parents, tant leur refus me paraissait arbitraire, tyrannique même.

J’avais alors le soutien de quelques proches, heureusement, quelques amies, qui m’assuraient que peut-être, un jour, ils accepteraient mon choix, mon désir impétueux, l’objectif de ma vie, celui de me faire percer les oreilles.

J’avais 8 ans à l’époque, et cette lutte acharnée, de laquelle je suis sortie perdante, a duré pas moins de 7 ans.

Parce qu’après, j’en avais 15 et j’avais le droit, alors forcément j’avais beaucoup moins envie.

Il faut savoir que mes parents, qui ne s’entendaient pas sur tout, s’entendaient parfaitement, à mon grand désarroi, sur ce point précis : j’avais plus de chance d’adopter un dauphin domestique que de me faire percer les oreilles avant un âge qu’ils considéraient comme « raisonnable ».

Ils avaient une marge de tolérance de quelques années, mais disons que si tu avais les oreilles percées avant d’être réglée, tes probabilités étaient minces de nous accompagner un jour à la messe de Noël.

J’ai fait pas mal de tri dans ce qu’ils considéraient comme « juste » ou « bien », mais je dois reconnaître qu’aujourd’hui, j’ai toujours un petit pincement au lobe quand je vois un bébé percé avant même d’être en mesure de montrer où sont ses oreilles, et que j’ai été très claire sur le fait que, de mon vivant, ma fille ne portera pas d’apparats de femme avant d’en être une.

A ce stade une précision s’impose : je ne suis pas militante en la matière, je n’ai pas (encore) créé d’asso sur cette question, je me tape éperdument de ce que décident de faire les autres parents sur les lobes des autres enfants, la majorité des mômes de mes potes ont sans doute les oreilles percées sans que je m’en sois même fait la réflexion.

J’en étais donc aux boucles d’oreilles, à l’ingratitude de mes 15 ans, à l’autorisation tacite que j’avais enfin, et à mon désintérêt soudain pour la chose. (Peut-être qu’ils auraient dû m’autoriser à boire et à fumer à 15 ans, on n’en serait pas là.)

C’est il y a quelques mois seulement que l’envie m’a reprise. Mes lobes étant devenus dans mon esprit ce qu’ils sont réellement – des bouts de chair mous et inutiles – j’avais jeté mon dévolu à la place sur mon cartilage.

Je suis repartie de chez le perceur, un samedi de février 2015, avec l’oreille en feu et le graal caché sous mes cheveux, sous la forme de prothèses que je devais changer six mois après, le tout sur la même oreille, le perceur ayant refusé de me percer l’autre oreille le même jour.

Grand bien lui a pris, j’ai dormi tellement longtemps du même côté que j’ai redouté de me réveiller un matin avec le crâne déformé.

Les premiers jours, je me sentais tellement différente que je me suis demandé s’ils avaient pas touché un point d’acupuncture, finalement je crois que ce n’était rien de plus que ce que j’appelle l’ « effet culotte neuve », ce processus étrange par lequel quand on porte quelque chose de nouveau que personne ne peut voir, on dégage malgré tout une sorte de fébrilité de la nouveauté.

En revanche, moi qui pensais ne pas pouvoir être moins tactile que je ne le suis en temps normal, j’ai découvert que je me trompais, hurlant de douleur par avance lorsqu’on approchait un bras ou une main de moi à moins d’un mètre.

Pendant ce temps-là, mes parents s’en donnaient à cœur joie, me murmurant dans un rire cynique qu’ils pouvaient me venir en aide si c’était par souci d’argent que je n’avais pas pu faire percer l’autre.

Après, ma sœur s’est fait percer le septum (on dirait le deuxième nom de l’anus, mais en fait non), et ils n’ont plus jamais rigolé à ce sujet.

Un an après j’en étais toujours au même point oreillement parlant, la douleur en mois, et je commençais à trouver, face à mon miroir, qu’effectivement ça faisait un peu période de crise (sont chiants ces parents qui ont souvent raison).

J’ai procrastiné la chose autant qu’une déclaration d’impôt, allez savoir pourquoi, me faire percer les deux lobes me semblait d’une complexité extrême, j’ai dû passer devant 30 boutiques de perceurs sans franchir le pas, et puis la 31ème c’était à Rouen, vingt minutes avant d’aller prendre mon train, je suis entrée et je leur ai demandé s’ils perçaient vite.

CLAC ils m’ont répondu, et encore CLAC, je suis ressortie de là avec un trou en plus à chaque lobe et l’impression d’avoir rempli ma déclaration d’impôts.

(Pour la petite histoire, dans la foulée et alors qu’on était à 12 minutes du départ je suis entrée chez un coiffeur en lui demandant s’il coupait vite, je ne sais pas bien ce qu’il m’a pris ce jour-là, une chance en tout cas que je n’aie pas croisé de chirurgien esthétique.)

C’était en février, j’avais donc 4 prothèses aux oreilles, et je développais une autre forme de procrastination, consistant cette fois-ci à me faire une montagne de les changer pour des bijoux dignes de ce nom.

Je commençais à trouver cette affaire bien compliquée, quand même : entre la douleur, les difficultés de cicatrisation, le rituel du coton et de l’antiseptique, les pulls qui se coincent dans la chose, la nécessité de remplacer les prothèses, j’étais à deux doigts de demander à la moi de 12 ans de présenter des excuses à ses parents.

Et puis ça m’a pris comme une envie de pisser, un jour de la semaine dernière, j’ai décidé de m’atteler à la tâche.

La vie étant parfois bien faite, je recevais dans la journée, par la box bijoux à laquelle je suis abonnée, une paire de vraie boucles d’oreilles. (La prochaine fois, je déciderai de devenir riche)

J’ai enlevé mes prothèses de lobe pour y insérer mes nouveaux bijoux, je ne vous dis pas comme je me suis sentie femme avec ces trucs qui pendaient et tiquetinaient (du verbe tiquetiner, qui désigne ce qui fait tic-tine quand on bouge la tête) chaque fois que je faisais « non » avec la tête.

J’ai fait beaucoup non avec la tête, puis un jour j’ai dit non, en soupirant, parce que le bazar s’était infecté et que je faisais officiellement partie de ces gens que j’avais toujours redoutés (un peu comme ceux qui disent qu’ils ne prennent pas d’alcool sous antibiotique) : j’ai nommé la catégorie de ceux qui « ne supportent que l’or et l’argent ».

La belle affaire.

Avant de trouver le temps de partir à la recherche d’or ou d’argent, j’ai donc passé mes journées à m’octroyer une pause sympa entre deux articles, qui consistait à me repercer le lobe pour éviter que le trou ne se rebouche.

Or, sachez-le, j’ai le trou qui se rebouche vite.

J’ai fini par me rendre chez un perceur à République qui n’était pas là quand je suis entrée, par observer seule dans la vitrine les boucles, par me frotter les yeux devant les étiquettes affichées à côté, qui indiquaient, pour un anneau plus con tu meurs, « 600 ». Je suis repartie sans demander mon reste, ok c’est un rêve de gosse mais j’ai quatre trous moi monsieur, je ne saurais jamais s’il s’agissait du prix, si c’était en euros, si c’était juste une référence, ou une taille, mais si oui, en pouces ou en miles ?, toujours est-il que j’ai dû à nouveau me repercer manuellement une dizaine de fois avant de finir par trouver mon bonheur.

7,50 euros dans une boutique de Montreuil, du « plaqué or » qu’elle m’a garantit la dame.

Alors moi je veux bien la croire, mais il aurait juste fallu me préciser que c’était du plaqué or avec système d’ouverture défaillant. Ou de fermeture plutôt, puisque les choses s’ouvrent, mais ne se ferment pas.

C’est pas faute d’avoir essayé, une amie a même passé la moitié de la soirée de vendredi penchée amoureusement sur mon lobe, en vain.

A l’heure où je vous écris j’ai quatre boucles en plaqué or ouvertes dans les oreilles, et quatre trous qui menacent de se refermer incessamment sous peu.

Tout ça pour ça, définitivement, comme je dis souvent à ma fille, faut mieux écouter ses parents.

Ah oui, dans mon malheur j’ai eu de la chance, mon oreille est miraculeusement restée à sa place alors que valsait d’un côté de la pièce ma prothèse et de l’autre la pince coupante que j’avais aventureusement utilisée pour tenter d’extraire l’élément de mon lobe.

Preuve que Jésus, qui doit certainement être contre les oreilles percées, n’est pas rancunier.

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6 commentaires à “Mon rêve de gosse”

  1. lilidesacy dit :

    Même combat pour les oreilles percées toute mon enfance/adolescence, même refus parental « ça fait ordinaire » qu’ils disaient. N’empêche j’ai attendu 30 ans pour me rebeller et aller me faire percer ces foutues lobes. Juste après j’ai envoyé un texto revanchard à ma mère qui s’en foutait royalement. Depuis ma sœur de 35 ans a aussi sauté le pas. C’est fou comme malgré tout on peut être encore sous la coupe de ce que pensent nos parents des années après. Bon, maintenant on est ordinaire mais on assume (en revanche, le secret est bien gardé ma grand mère doit pas le savoir !)

  2. Je fais partie de ces enfants à qui on a pas trop laissé le choix et dont on a percé les oreilles très vite. Mais très franchement, je trouve ça plutôt arrangeant. Quand on grandit et qu’on devient doudouille au possible… Ben je ne serais jamais allée me les percer de moi-même. Et ton article me conforte dans cette idée.
    Néanmoins, je te rejoins sur une chose : je fais aussi partie du club des relous qui ne supportent que l’or et l’argent.
    Et la conclusion à tout ça : j’ai les oreilles percées, et je ne mets jamais de boucles d’oreilles.
    Merci pour cet article en tout cas, il m’a encore bien fait rire !

  3. sha-ne-no dit :

    Que dire à part que je me marre toute seule !!
    Merci pour ce délicieux moment de lecture !
    Samantha

  4. tranouille dit :

    J’adore cet article !
    Je n’ai jamais eu le droit de me faire percer les oreilles étant plus jeune, je l’ai donc fait, il y a 2 ans, à 36 ans !
    et en fait, je trouve ça bien compliqué, pas très confortable, alors je ne mets de boucles que très rarement, d’autant qu’au bout de quelques heures avec du toc, mes oreilles commencent à chauffer !

    bref, la conclusion de l’histoire c’est que ma fille de 10 ans me supplie de se les faire percer, et évidemment, mon non est ferme et catégorique !

  5. Catherine dit :

    Je me suis fait percer les oreilles à 14 ans – année de mon « changement de look », càd que j’ai arrêté de faire 9 ans et demi pour monter jusqu’à 10 (merci les trous!). D’abord un de chaque côté, puis 2 et 3 (je n’aimais pas le symétrique).
    J’ai porté pendant mille ans des boucles d’oreilles « flash » (perroquets en bois, croissant de lune en plastique…), avant de tout enlever. Je pensais être devenue « bouchée » (des trous d’oreille), puis non, là de temps en temps ça me reprend et ça rentre toujours (une de chaque côté – ai renoncé à mes années punk, pour l’instant en tout cas!).
    Ce qui ne m’avait pas manqué, c’est l’odeur des trous d’oreilles… ça puuuuuuue!
    Pour ma fille, elle ne demande pas encore (n’ose pas, pour faire la fayote?). Mais j’ai envie de dire, attends d’avoir deux chiffres à ton âge. Je suis comme toi, sur un bébé, je trouve ça moche.
    Tu m’as bien fait rire, en tout cas: merci! J’en avais besoin, entre crise sociale et copies ennuyeuses…

  6. MissHD dit :

    Hello,
    Haha 🙂 J’ai eu droit aussi au refus des parents. Puis à 14 ans, ma grand-mère m’a demandé ce que je voulais et c’est ce que j’ai demandé. Mes parents n’ont plus eu leur mot à dire. 😛 Le pouvoir des aînés !!! lol
    Je ne supporte pas très très bien les breloques, je dois les désinfecter avant chaque utilisation si je veux les porter toute la journée. Mais bon, je m’en fous, ça me permet de porter des boucles rigolotes en forme de gourmandises diverses et variée et j’adore ça. 😛 J’ai la chance aussi que mes trous peuvent rester plus d’un mois sans rien.
    Tu peux trouver des boucles en argent pour bien moins cher que ce que tu n’as pu voir. Et les soldes sont aussi de la partie pour les bijoux. De plus, tu peux trouver des anneaux de base en argent et tu y accroches ce que tu veux. 🙂 Très pratique.
    Y a pas à être pour ou contre au final ^^. La seule raison de ne pas percer les oreilles d’un enfant à mes yeux, c’est de leur éviter l’accident de l’oreilles arrachées par manque d’attention. 😛 Ouille ouille ouille.
    Bonne soirée,

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