Louise en hiver

Publié le 03 février 2017 par Camille

A Montreuil, où je vis, a ouvert il y a un an et demi environ Le Méliès, un cinéma qui sent les fauteuils neufs et la sueur, parce que c’est bien connu, on est très bobo à Montreuil, du coup forcément on ne porte pas de déo et on se laisse pousser les poils.

En vrai, ce qu’on remarque tout de suite en rentrant, c’est qu’il manque un élément olfactivement parlant. C’est étrange d’être saisi par une absence sans identifier laquelle, mais j’aime bien l’idée de ces choses auxquelles on s’habitue si vite et si bien que c’est dans leur absence qu’elles brillent le plus. Et puis on réalise que ce quelque chose qui n’est pas, c’est l’odeur du pop-corn. Et alors il me traverse l’esprit que ça doit être bien d’être un pop-corn dans un cinéma où il est interdit d’en manger, un pop-corn qui n’est pas là, dont l’odeur ne flotte pas dans l’air, et dont l’absence nous révèle soudain l’évidence de son existence et combien on l’aimait. Bref, je m’égare.

Ce cinéma donc est grand, beau, propre, et surtout pas cher du tout. Ce qui me permet, quand je suis avec ma fille, de décider d’y aller comme je déciderais d’aller acheter un pain au chocolat. (Pas celui de Copé, un autre un peu plus cher).

En sortant de ses activités mercredi, je lui ai donc demandé si elle avait envie de rentrer tout de suite, elle m’a dit non, je lui ai dit que j’avais une petite idée alors, et je l’ai emmenée jusque devant le cinéma. Le plaisir que ça lui a fait, cette surprise dans ces yeux face à ce qui se fait si vite alors qu’elle l’attend d’habitude aussi fort et longtemps qu’un Noël, c’était à peu près pareil que si j’avais dit que je n’avais pas envie de rentrer et qu’on m’avaient amenée, l’air de rien, dans une salle d’embarquement.

Le film qu’on est allées voir, c’est un dessin animé, qui s’appelle « Louise en hiver ». Je n’avais strictement rien lu dessus, mais la beauté et la poésie du titre avaient suffi à me donner envie, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne mentaient pas.

Dès les premières secondes, j’ai senti que j’allais passer un moment doux et précieux. Je me trompais, c’était bien mieux que ça.

Pendant un bon moment – Quelle durée ? Difficile à dire, c’est le propre des belles choses de nous faire perdre la notion du temps – aucun dialogue, et pour cause, Louise est seule. Seule dans une station balnéaire désertée par les vacanciers, tous repartis par le train qu’elle a raté. Louise est seule, et vieille. Elle a des gros souliers et des grosses jambes, et la démarche un peu lourde des petites Mamies qui n’ont pas grand-chose à aller retrouver. Elle ère dans la ville fantôme. « C’est le silence qui se remarque le plus, les volets roulants tous descendus. » On est dans la chanson de Cabrel, « Hors-saison », on est dans les week-ends au bord de la mer battue par les vents d’hiver, on est aussi dans cette impression, parfois, d’être hors-saison dans sa tête, pas tout à fait à sa place, seule au milieu de rien.

On entend Louise réfléchir, avec la voix rocailleuse et envoûtante de Dominique Frot. Tout est lent, la voix, la démarche de Louise, le temps qu’elle met à réaliser ce qui arrive et à l’accepter, et pourtant, il n’y a aucune longueur, et à aucun moment je me suis ennuyée.
Sauf que je n’étais pas seule, et que je redoutais un peu les bâillements et gesticulations impatientes d’une môme de 7 ans droguée aux dessins animés qui braillent, éclaboussent et crépitent. Elle a ouvert la bouche trois fois seulement, et c’était pour dire : « non mais regarde comme c’est beau. »

On n’a pas retenu les mêmes scènes (si vous regardez un jour ce film, vous m’expliquerez comment faire plus joli que le moment du « POURQUOI » écrit dans le sable ?), j’imagine que ce dessin animé ne parle pas des mêmes choses aux petites filles et aux grandes, mais il leur parle à toutes directement à l’âme, et c’est fou le bien que ça fait.

Je ne veux pas vous en dire trop mais il est question de solitude, de vieillesse, de souvenirs, d’amitié, d’abandon et d’amour. On est ressorties de là avec l’envie de marcher dans le sable, de regarder arriver le printemps, de chérir nos petits vieux, d’écouter du piano, d’aimer être seuls pour mieux goûter au plaisir de retrouver les autres, de manger du poisson, d’avoir un chien moche et une pendule qui ne fonctionne plus accrochée dans le salon.

Et puis on est allées acheter du pop-corn qu’on a mangé dans le bus, sans parler, en pensant à ceux auxquels on s’habitue trop vite pour en profiter vraiment, et dont l’absence brille très fort et très longtemps.

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3 commentaires à “Louise en hiver”

  1. <3
    Tu pourrais nous écrire un billet avec ta liste de courses que ca serait beau aussi !
    Tu m'as donné envie d'aller le voir 🙂
    Bon week-end Camille

  2. Celia dit :

    Oh je suis contente de lire qu’il t’a fait le même effet, un joli moment de poésie qui s’étire longtemps… Le jour du réveillon de Noël j’ai fait une crisette, incapable de passer la soirée en famille, sans doute aussi à cause des absences qui brillent trop certains jours. L’Amoureux n’a rien dit, il m’a juste emmenée voir ce film l’après-midi, on n’était que quelques-uns dans la salle (sans pop-corn), peu d’enfants, une ambiance spéciale… Bref un très joli souvenir, merci de me l’avoir fait revivre!

  3. Leila dit :

    Tic tac bonheur🌟
    Merci 🙂

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